Savane éphémère

L’aube pointe le bout de son nez en illuminant l’horizon de ses couleurs fantastiques.

Mélange d’or solaire et de bleu nuit.

Le regard ne peut que se perdre au loin, emporté par un vent qui balaye les dernières poussières sableuses dans les ruelles qui s’animent.

Les villageois se préparent doucement à une longue journée de travail sous le signe de la chaleur caniculaire, que l’on ne connait que très brièvement en Europe.

L’odeur des petits plats dans les gargotes se fait sentir aux environs,

inspiré par la maigre diversité d’aliments qui cuisent dans des marmites et des grandes poêles à frire.

Mofos, vary, samosas, pâtes, et soupe forment les plats d’entrée de tous les malgaches.

Simplement quelques bols de céréales du coin sont servis pour quelques centimes de francs. Dérisoire pour nous, habituel pour eux.

Pas de petit déjeuner continental ou à l’américaine ici. On fait avec ce qu’on a.

Le pays est engagé dans une voie d’un développement sans lendemain.

Peu pensent à l’avenir, seule la notion de la semaine a une certaine valeur.

Un développement à court terme, inspiré par les besoins fondamentaux permettant à chacun de manger et de pouvoir dormir tranquillement si cela est possible.

Et pourtant..

Ici, les couleurs, les odeurs et les goûts sont extrêmement riches, issus d’une incroyable diversité secrètement gardée par les gardiens de la connaissance situés à l’orée des cultures.

Car c’est bien entre le peuple malgache et les peuples ‘modernes’ que la co-naissance se révèle et puisse se rétablir.

La confrontation entre deux systèmes de pensée, entre deux visions apparemment contraires de la temporalité peut potentiellement faire émerger un royaume luxuriant et tropical, naissant dans les lieux les plus en phase d’abandon de mère nature.

Là où la sève de la terre et où les rivières se veulent timides, où les sources se réjouissent de fuir dès les premières chaleurs hivernales.

Car ici l’Hiver marque le début de la chaleur sèche et aride pour progressivement atteindre son point culminant vers septembre.

Misère, famine et sécheresse  marquent la fin de l’hiver.

Mais mère nature garde un oeil sur ces vastes étendues d’arbustes épineux au sol rouge comme le sang s’effondrant au rythme des érosions…

Après un Long Hiver, c’est la pluie qui vient redonner fraîcheur et fertilité.

Tel un miracle, suite à 6 mois sans une goutte d’eau, les pluies déferlent continuellement sans peur de gorger tous les bas-fonds.

Telles des abeilles dans une ruche en pleine activité, les humains se grouillent de valoriser au mieux l’humidité afin de tirer au maximum profit des rizières implantées absolument partout.

Auparavant sèches, en cette saison des eaux.

Toutes les rizières deviennent de petits étangs et le riz parsemé en ligne s’illumine de couleurs fluorescentes juvéniles.

La savane reprend vie et le jaune desséché des hautes herbes qui emplissait les espaces à perte de vue se ravivent du Vert vigoureux et riche de promesse.

Les Boeufs reprennent du poil de la bête et la richesse des peuples et des commerçants renaît.

Au marché, c’est la folie soudaine. La diversité est écrasée au son des foules qui, tranquillement, commercent en leurs faveurs.

Un dieu dans le cœur, de la monnaie dans les poches, un confort apaisé dans l’esprit.

Chacun retrouve son travail , cultive la terre, construit de nouveaux logements, des micro-baby-boom laissent apparaître le profil de nouvelles générations Prêtes à prendre le relais.

Tout suit son cycle.

Sous ce soleil étincelant, la vie ici est constituée d’une histoire au rythme des fertilités éphémères.

Ephémère comme la rareté de la richesse.

Précieux espoir pour le développement.

Eliot Cohen

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